An adult chorister, participant in the production of The Monster in the Maze at the Festival d’Aix, shares his intense and moving memories from the rehearsals (in French).

“The great moment” à été musicalement pour moi cette italienne avec orchestre, où nous découvrions enfin toute la richesse instrumentale et rythmique de la partition.

L’ombre tutélaire de Johnathan Dove planait sur le Grand Théâtre de Provence, au sens strict car il partageait avec nous ce moment de grâce que j’ai vécu comme une communion, tous autant captifs que nous étions à attendre notre tour de chant, mais surtout fascinés par les interventions des trois solistes, à tour de rôle ou en duo.

Captif et captivé, j’ai reconnu ce frisson des grands moments de théâtre ou d’opéra.

Les solistes, vraiment accessibles, proches et pas du tout présomptueux, Damien Bigourdan [Thésée], prompt à toujours galvaniser ses troupes, à leur insuffler une énergie dont lui même regorge littéralement… La présence éthérée de Lucie Roche [la Mère de Thésée], avec grâce, toujours.

Je ne regarderai plus un opéra de la même manière, tant l’implication des chanteurs-acteurs, leur présence physique et vocale m’ont impressionné.

Un Dédale – [Damien] Pass baroque, illustrant l’errance dans un labyrinthe qui peut n’être qu’un désert de sable, sans repère ni amarres… Tout est labyrinthe.

Qui sait si le public peut ressentir tout cela, en si peu de temps?

Nous étions acteurs et spectateurs à la fois, tous animés par la même passion : un privilège.

Au départ, Marie-Eve semblait distante, jusqu’à ces deux moments de grâce (encore). Le premier, lorsque faute de pouvoir se faire entendre (une bonne laryngite la laissant sans voix), elle s’est fait comprendre par d’autres canaux, transmettant une émotion non verbale, une fragilité. Le second, quand elle a dit aux ados dégingandés et las que l’occasion de se produire sur une des plus belles scènes lyriques d’Europe ( je crois que ce sont ses mots) ne se présenterait pas deux fois, et qu’on a senti un déclic, presqu’immédiatement…

L’éternité de l’instant pourrait se décrire ainsi : forts de ce côté éphémère inhérent au spectacle vivant, je crois que nous avons a tout donné au moment voulu, avec nos imperfections mais aussi notre enthousiasme, petits, moyens et grands, persuadés que tout cela resterait au moins ancré dans nos fibres, convaincus qu’on participait à une belle traversée et que le ressac ne laisserait sur la berge que des fragments d’histoires individuelles anonymes. Mais qu’importe si le projet collectif est plus grand que la somme des individus, le pari est gagné.

On a oublié la fatigue, le temps du spectacle, on a oublié de se regarder ou de s’entendre chanter avant un dernier frisson, au moment où les bateaux de lèvent dans l’audience et où le public joue le jeu, avec nous.

Dès le noir plateau, je crois que certains ont eu les larmes aux yeux, et je crois bien que j’en faisais partie.”

Mike

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